Mercredi 25 novembre 2009

Le milieu...
En chemin, elle se surprit à sourire comme elle n’avait pas souri depuis bien longtemps. La situation lui paraissait
si étrange ! Et quel était ce sentiment étrange de lassitude pour son travail et sa vie de tous les jours ? Elle n’avait pas idée jusqu’à ce qu’il débarque qu’elle puisse ressentir cela. Y
avait-elle jamais réfléchit ? Tout cela était bien nouveau pour elle. Elle sentait qu’elle avait peur mais l’attrait de la nouveauté prédominait. Et ce désir… Depuis combien d’années n’avait-elle
pas eu envie de quelqu’un, tant sur le plan intellectuel que physique ? Rien ne pourrait l’empêcher d’y revenir. Elle avait toujours été une fonceuse et ce n’est pas aujourd’hui qu’elle se
démentirait.
Et elle y alla. Et lui aussi. Le dîner se déroula de la meilleure manière qui soit : confidences,
rires, échanges en tous genres sans aucune gêne, ni silence autre que complice. Comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ils discutèrent jusqu’au petit matin sous le ciel étoilé se berçant
l’un l’autre de leurs doutes, de leurs peurs, échafaudant d’autres lendemains. Ils finirent par s’offrir l’un à l’autre avec pour témoins la voie lactée, un champ de lavande et quelques cigales
pour la musique.
A partir de cette nuit-là, ils ne se quittèrent plus. Ils passèrent les semaines suivantes
ensemble. Il l‘initia à sa vie et elle aima cela. Elle, la financière se découvrait fermière. Leurs journées se déroulaient en divers petits travaux de la ferme et de la vigne et leurs soirées
étaient emplies de tendresse et de sensualité. Ils surent très vite qu’ils ne pourraient plus se séparer. Il était surtout devenu inconcevable pour elle de rentrer à Paris dans son petit chez soi
étriqué et sombre, reprendre sa vie chronométrée et vide.
La dernière semaine, elle sembla absente. Les yeux dans le vague, elle ne souriait plus. Un soir,
il l’interrogea :
« — Quelque chose ne va pas ?
— C’est dur à dire. Tout va si bien ! Et je me sens pourtant si mélancolique. La fin approche et cela me met au supplice. Je ne
veux plus jamais partir…
— Et bien ne pars pas…
— Ne me tente pas.
— Mais reste
! Je suis si bien avec toi. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi.
— Mais mon travail, ma
vie, tout est à Paris.
— Tu veux vraiment que je te supplie ? Allons-y ! » Et il mit un genou à
terre. « Avant de te rencontrer, j’avais abandonné tout espoir de construire une famille. Mon rêve de vigne était ma seule famille. Et tu es apparue et as tout chamboulé. Plus rien ne sera pareil
dorénavant et il est bien inconcevable que tu repartes. Toi et moi sommes faits l’un pour l’autre… » Il s’arrêta alors, hors d’haleine. Ils se fixèrent longuement et alors qu’elle allait parler,
il posa tendrement son index gauche sur ses lèvres.
« — Eléa…Veux-tu m’épouser ? » dit-il,
en lui tendant une petite bague en or gris sertie de 3 diamants présentée dans un écrin de soie blanche et or.
La surprise se lisait sur son visage, et dans ses yeux se reflétait la profonde émotion que cette demande avait suscitée. C’est pourtant sans hésiter qu’elle répondit oui,
laissant alors libre cours à des larmes de joie aussi grosses que des œufs de caille. Comment avait-elle si longtemps ignoré qu’un tel émoi pût exister ?
Lui passant la bague, il ne pouvait arrêter de la regarder. Elle était tout ce qu’il avait toujours secrètement
espéré, sans jamais oser le formuler. Ils s’étreignirent alors si longuement qu’ils ne virent pas le soleil se coucher.
Le reste prit peu de temps finalement. Elle partit à la fin de ses vacances quatre semaines
durant. Cela leur parut une éternité. Elle liquida sa vie parisienne, essentiellement constituée de son travail, de son appartement et du contenu de ce dernier, avec une facilité plus grande
qu’elle n’aurait cru. Tous les détails réglés, elle revint nantie de sa voiture remplie de livres et vêtements, ainsi que d’un petit pécule qui, mit au bout des économies de Thomas, leur permit
d’acquérir en commun, et plus rapidement qu’ils ne le pensaient, leurs premiers cépages.
Leur mariage vint une année plus tard, à la date anniversaire de leur première rencontre. Ils se
marièrent pieds nus, sur leur terre, au beau milieu d’un champ de lavande.
Et après cela ? Ils vécurent heureux et eurent, bien sûr, beaucoup de raisins !
Par PriscaCoune
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Le début...
Elle l’attendit donc, à l’endroit dit, le temps que le marché s’achève et qu’il finisse de ranger l’étal et de nettoyer l’emplacement. Juste le temps nécessaire pour déguster de la main
droite une salade et pour avaler plusieurs chapitres de Voyage au bout de la nuit tenu de la main gauche. Voilà plusieurs années qu’elle avait eu envie de lire ce livre sans jamais réussir à en
trouver le temps. Les vacances étaient souvent pour elle l’occasion de s’immerger dans des lectures demandant tranquillité et plus de cinq minutes pour s’y pencher. Le temps de l’attente lui
permit d’ailleurs de le finir avant qu’il ne revienne.
« — Sacré défi de lecture par 30 degrés ! » dit-il, s’asseyant face à elle sous l’olivier centenaire du village et apercevant le livre posé au coin de la table en fer forgé.
« — Vous l’avez lu ?
— Pas qu’un peu : plusieurs fois même. Histoire d’être sûr d’en saisir au moins la moitié. Certaines de mes soirées peuvent s’avérer d’une longueur affolante… Je m’appelle Thomas.
— Eléa. Dites-moi donc ce que vous en avez pensé ? Je viens de le finir et je brûle d’en discuter avec quelqu’un ! »
Ils n’eurent donc aucun problème à trouver leur premier sujet de discussion. Ce qui, de livres en expériences, d’anecdotes en confidences, les emmena tard dans l’après-midi.
« — Je n’ai pas vraiment de vie personnelle, en fait. Je suis ce que l’on nomme une working girl. Boulot, boulot, boulot. Je ne prends que 5 semaines de vacances par an. D’affilées et toujours
dans la région. Mais au-delà de cela, je n’ai pas le temps de tisser des liens autres que professionnels ou d’entretenir les très rares qui sortiraient de ce contexte. C’est triste mais c’est
ainsi. Enfin, cela peut paraître triste. J’ai rarement le temps de me demander si je suis heureuse ou non. Je ressens peut être une certaine lassitude cependant. Comme une envie d’autre chose. Et
je me sens si bien ici.
— Je comprends cela. Je suis né de cette terre. Et dès que j’ai eu 20 ans, j’ai su quel serait mon but : avoir ma vigne. Depuis lors, 10 ans maintenant, je n’ai eu de cesse d’engranger petit sou
par petit sou, la manne qui me permettrait de construire ce rêve. Alors il n’y a pas plus de place dans ma vie pour les relations humaines. Le peu d’amis que j’avais en a eu marre de ne jamais
avoir de mes nouvelles sans devoir en prendre. Et le peu de liens que je tisse l’est dans un but précis. Je me dis qu’ensuite, lorsque j’aurai atteint un premier stade, une sécurité, j’aurai bien
le temps de passer à autre chose. Mais le temps file si vite…
— Oh que oui… »
Un silence songeur s’installa durant quelques instants. Revenant à lui le premier, il proposa :
« — Voilà des heures que nous discutons. N’aurais-tu pas un peu faim ? Je connais un très bon restaurant qui nous régalera de spécialités locales.
— Avec plaisir. Il me faudrait cependant passer par chez moi pour me changer et déposer mes pêches avant qu’elles ne subissent le sort de leur aînée.
— Retrouvons-nous alors ici dans une heure ? Qu’en dis-tu ? »
L’heure du rendez-vous pris, ils se séparèrent pour mieux se retrouver.
La
suite...
Par PriscaCoune
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Prisonnière à longueur d’année de la grise mégalopole parisienne, elle rêvait de vivre auprès des vignes gorgées de soleil afin de pouvoir aller, à son gré, pieds nus, fouler la terre rouge du
Sud ; sentir les murs de pierres brulés et absorber du plat de sa main leur chaleur ; respirer la bise sucrée descendant de la cime des monts alentours. Et tout voir en violet lavande. Son cœur
était aussi hâlé que sa peau était blanche. C’est la raison pour laquelle elle passait plusieurs semaines dans le sud chaque été. Et cette année, ce serait Uzès.
Lui ne rêvait que de vins issus de raisins produits selon les préceptes de l’agriculture biologique. Le travail de la terre ne lui faisait pas peur. Il la travaillait d’ailleurs depuis sa plus
tendre enfance, prêtant ses bras à qui en avait besoin : agriculteurs, viticulteurs... Tous, dans la région, le connaissaient. Une vie simple et peu dissipée par ailleurs lui permettrait
d’économiser en vue de s’acheter un petit arpent de terrain, si possible de plusieurs ares, sur lequel il enracinerait son rêve.
Malgré tout ce qui les séparait, il était donc sûrement écrit quelque part – à même un cep – qu’ils se rencontreraient. Ce qui ne manqua pas d’arriver un jour de marché. Il était venu prêter main
forte à un ami maraîcher dont l’aide était en congés. Son ami parti soulager un besoin urgent de monnaie, il se retrouvait seul sur le stand. Alors qu’elle caressait les pêches ne sachant
lesquelles choisir, il intervint.
« — C’est tout un art de se décider, n’est-ce pas ? Car rien ou presque, dans l’aspect extérieur ne nous renseigne sur la maturation du fruit.
— A qui le dites-vous ! Dix minutes que je m’interroge sans réussir à me résoudre à en choisir un plutôt qu’un autre.
— Regardez ! » dit-il, saisissant délicatement le poignet de la belle pour amener sa main au dessus d’un fruit gorgé de soleil. Involontairement, elle frissonna de plaisir au contact de sa peau
rugueuse et chaude. « Cette pêche, par exemple. Déjà à l’extérieur, vous savez qu’elle avait une bonne place sur l’arbre. Elle en est rouge de contentement. Sa peau est veloutée : avant même de
la toucher vous savez qu’elle sera aussi douce que la fourrure d’un chaton à peine né. C’est cet aspect extérieur qui doit vous attirer en premier. Alors votre main n’aura qu’une envie : la tâter
doucement, sans violence. Afin d’en évaluer la consistance. Est-elle dure comme de la brique ? Et dans ce cas, elle ne pourra être consommée de suite et il faudra la laisser mûrir. Ou à
l’inverse, cède-t-elle sous vos doigts, pareil à une poche remplie d’eau ? »
Le soleil de midi embrasait la vaste toile de tente sous laquelle le marché était installé. Absorbés par leur tâche, ils ne s’étaient pas vraiment regardés. Pas encore. Alors qu’elle l’écoutait
parler, elle s’imaginait qu’il parlait d’elle et non du fruit. Elle imaginait que sa main qui doucement enserrait son poignet remontait lentement vers le creux de son coude. Une sourde chaleur,
se distinguant de celle du soleil, émana alors d’eux. Ils durent s’en rendre compte car ils relevèrent la tête et en même temps, lâchèrent simultanément la pêche, qui, mûre à point, alla
s’écraser au sol.
Elle avait de longs cheveux châtains plein de nuances, des yeux clairs dont la couleur pétillante restait à définir et elle dégageait une douceur et une sensualité sans pareil. Il dut la fixer un
instant de trop car c’est en rougissant qu’elle s’excusa. Sa peau diaphane légèrement relevée de rose aux pommettes la faisait ressembler à une poupée de porcelaine que l’on aurait envie de
protéger.
« — Mon Dieu que je suis maladroite ! Veuillez m’excuser, comptez-la. Je vous la paierai.
— Ne vous inquiétez donc pas de cela. Je vais vous en choisir d’autres. En échange cependant, vous avez le droit de m’inviter à prendre un verre, au café de la place, après la fermeture du
marché. »
Ses cheveux blonds étaient parsemés de fils blancs et sa peau brunie par les nombreuses journées passées à l’air libre. Un surfeur échoué en plein milieu des terres. Et ce sourire ! Si franc, si
empli de bonhomie qu’elle ne put refuser. Elle n’en eut même pas l’idée. Personne ne l’attendait de toute façon et elle avait pensé à amener de la lecture avec elle.
La
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Pour les Fanes de carottes pour un mois de novembre à l'eau de
rose.
Par PriscaCoune
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A fleur de mots, il y a mes sentiments. Je les sens bloqués, là, en d’dans. Veulent pas sortir sauf à vomir. Veulent
pas, l’délire…
A fleur de peau, il y a mes émotions. Je les sens grimper jusqu’m’envahir. Ni veto, ni motion, rien pour les
départir.
Y’a rien à faire, juste me laisser défaire par toute cette colère, qui m‘étouffe, qui m’enterre.
Y’a rien à faire, c’est trop amer…
Pour le thème de la semaine des Impromptus : écrire un texte en incluant le groupe nominal "à fleurs de
mots".
Par PriscaCoune
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C’était un de ces matins pareil aux précédents où, l’air nonchalant, au loin m’emmenait le train. Une place près de
moi, réservée au suivant. Le suivant ce fût lui, mais je ne l’ai su qu’après.
Il s’est assis, sa jambe contre la mienne. Pensez-vous, c’est banal. Rien qu’une attitude quotidienne. Sauf que là, rien à voir : juste envie de prolonger. C’était comme si nos jambes déjà se
connaissaient. Comme si nos corps au-delà de la masse se distinguaient. Comme si malgré un temps long écoulé, ils se souvenaient et moi avec. Une chaleur renaissait.
Sans même lever les yeux pour vérifier, je me suis prise à rêver à lui. Quelle importance de qui il s’agissait ! A cet instant, c’est lui qui m’embrasait. Il était si bon de se laisser aller à
ressentir la montée lente de ce feu intérieur ; enflammant ici un cœur ; dévorant là une joue ; allumant enfin un sourire dans mes yeux pourtant clos.
Etait-il nécessaire de mettre fin à ce brûlant instant ? Devais-je envisager de confirmer ou d’infirmer ce que je croyais être ? Fallait-il que je lui parle avant d’être réduite en cendres ?
Impossible de répondre à ces questions tant ma volonté semblait anéantie. Quelle douce façon de commencer la journée, en terminant consumée sur le bûcher de ma délicieuse indécision
!
Commis sans rougir (sauf de plaisir) pour les Fanes de Carottes
sur l'appel d'octobre : Bûchers.
Par PriscaCoune
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