Mardi 7 avril 2009

Je travaillais pour elle depuis trop longtemps maintenant.


Enfin, je dis "pour elle" mais c’est une déformation du langage. Disons qu’elle me faisait office de chef. Sur le papier. Vous savez ce truc avec des carrés et des flèches, des noms et des titres dans les carrés, qui ressemble vaguement à un arbre généalogique. C’est pour le parallèle, l’arbre généalogique. C'est parce que je ne trouve pas le mot que je le compare à ça, mais ça me ferait mal de descendre d’elle. Ca serait pas logique. Pffff, ce que je suis drôle…


M’enfin. Revenons à ce que je cherche à mettre en mots. Vous voyez, le truc qui dit qui qu'est au-dessus de tout le monde, qui qu’a un plus grand bureau que qui et qui partage sa case, son espace et son égo avec d’autres.


Oui, voilà, merci, un organigramme ! Y’en à un qui suit au moins !


Pourquoi j’cherchais ça, moi…


Ah oui, j’vous parlais de l’autre, là. Ma chef (à prononcer du bout des lèvres tout en expirant fortement, l’air pincé et écoeuré, avec un peu de chance vous postillonnerez assez loin pour atteindre son bureau… ).


Ma chef, donc, ou plutôt le truc qui me sert de chef selon ma définition consacrée (à prononcer à l’espagnol…), entra, ce matin-là, dans notre bureau - case collective pour égo entassés et soldés - en trombe, remuant suffisament d’air avec ses petits bras pour que la banquise attrape froid, le visage aussi rouge qu’un coquelicot né d’hier et m’invectivant de sa voix si surexcitée qu’elle en était suraïgue. De ce que je comprenais, c’était inadmissible, inconvenant, impossible, incroyable, intolérable, insupportable, inaceptable (avec douze n) et (pour conclure… faut l'excuser, elle n'en est qu'à la lettre i) inexcusable de ma part.


J’hésitais donc d'office entre ma responsabilité dans le réchauffement de la planète ou ma très grande faute dans le krach boursier. J’étais prête à me jeter à genoux à ses pieds (et non l'inverse), à implorer son pardon divin, elle qui règnait sans partage et sans conteste sur le monde (étriqué de l’assurance), monde duquel je ne saurais me soustraire sans son approbation et dans lequel je ne saurais survivre si elle n’en faisait pas partie.


Et là (c’est le drame…), la raison de son courroux royal se fit jour : j’avais eu l’impudence de rédiger une note d'étude juridique sur le projet que l’on m’avait confiée, note que j’avais eu l’indécence (à la lettre i, j’vous dis) de finir la veille au soir à 19h45 et d’adresser aux membres du comité décisionnel (prévu le lendemain matin à 9h30) par courriel dans la minute qui suivit.


Son discours achevé par un Alors qu’as-tu à dire pour ta défense ?, elle se planta donc devant moi dans la position de la théière au repos.


J’hésitais rapidement entre un rappel des faits chronologiques ou lui en coller une et embrayait sur la 5ème lettre de l’alphabet…Heu… de quoi parle-t’on au juste ? tout en sachant très bien qu’il s’agissait de Ze note of my juriste life, celle que j’avais peaufiné pendant des mois, que j’aurais pu citer à la virgule près et qu’elle était la seule à ne pas avoir lu avant de se rendre au comité où ma présence n’était pas indispensable (lettre i…). Son maudit manque d'implication (il est de moi celui-là) lui avait visiblement valu quelques remises à sa place qui ne semblaient pas à son goût si tôt le matin. Les couleuvres n’étant pas son plat préféré, il lui était donc nécessaire de me les faire avaler à la lueur de vessies qu’elle croyait me faire passer pour des lanternes.


Ma réponse ne fut manifestement pas la bonne car la diatribe de mon incompétence et de mon inaptitude reprit de plus belle. Comment avais-je pu, moi, l’idiote du village, l’infâme bouseuse née en dehors de Paris ? Comment mais Ôôôôô comment avais-je pu décrocher un diplôme d’un niveau tel (qu’elle-même n’avait pu avoir qu’en se le payant) ? Moi, qui ne semblait a priori pas avoir inventé le fil à couper le beurre…


Et c’est là que j’ai décroché… Le fil à couper le beurre. Que pouvait-on faire avec ça ? Etait-ce tranchant si et seulement si le beurre était fondant ? Cet instrument pouvait-il servir à autre chose qu'à ce que son nom indiquait ? Pouvait-il devenir un instrument de torture ?


Je l’imaginais alors allongée sur une table en fer blanc, de celle qu’on trouve dans les morgues, avec les bords en pente et un siphon pour laisser s’écouler les fluides corporels divers et avariés que le corps peut expulser. Allongée donc, pieds et poings liés aux quatre coins de la table, sa bouche calfeutrée par un code civil retenant ses suppliques et au bout du fil à couper le beurre, je me voyais moi, penchée au-dessus d’elle, prête à tester.
<br>

Je crois bien que c’est à ce moment-là que j’ai déconnecté. Je n’étais qu’une enveloppe vide face à cette timbrée. D’après mes collègues qui avaient assistés à toute la scène, c’est aussi à ce moment-là qu’un sourire est apparu sur mon visage. Associé à mes yeux vides, cela n’a fait qu’accentuer le débit du monologue de ma hiérarchie. Ce qui m’a sortie de ma létargie juste à temps pour assister au clou du spectacle. Elle enclenchait enfin son passage préféré : l'intimidation mâtinée d'humiliation (si ce n'était déjà fait), me rappelant son rang de chef et le mien, moi, la subalterne, l'exécutante. A se demander si cela rentrerait un jour dans ma caboche !


A quoi je répondis, sans sourciller, décidant enfin d'ouvrir la bouche à défaut d'emplir mon esprit de son brumeux message : Comme dans du beurre !

 


Pour les impromptus sur le thème de la semaine : suivons ensemble ce fil afin de savoir où il nous mène, et racontez-nous ce qu'il y a Au bout du fil. Notre seule exigence est que ce groupe de mots "au bout du fil" soit inséré dans votre texte.

Par PriscaCoune - Publié dans : Les Impromptus
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mercredi 1 avril 2009

Absorbant peu à peu le rouge d'ma coccinelle

Ses pastilles se confondent, bien vite, trop vite, entre elles

Et le ciel s'assombrit prenant une teinte de gris

Le dernier souffle la quitte et la belle s'est enfuit


Et la douleur m'étreint de larmes or, déborde

Dévastant en mon sein le feu telle une horde

Alors la flamme s'éteint, par la tempête, soufflée

Emportant avec elle mes espoirs, dispersés


Et je reste à l'entrée, en lisière de forêt

Le vert en bleu se fond, le soleil est couché

Lors le tout disparaît, tout de noir consumé


Et noyé de silence, le monde s'anéantit

Etouffée de lenteur, mon émotion périt

Adieu ma coccinelle, adieu mon évanouie


 

Des Impromptus librement inspirés
Mais si loin d'une vie, même à peine, rosée
Alors seulement ici sera publié.
Pour elle.

Par PriscaCoune - Publié dans : Divagation orientée
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Jeudi 26 mars 2009

88

88 bougies, cet été. Si elle arrive à les souffler.


Mais v'là qu'à la porte, on a sonné. La mort racle ses bottes, prête à ruer.


Il reste si peu de temps et rien à espérer. La coccinelle par la tempête va être balayée.


Rédigé pour les Impromptus sur la consigne de la semaine :

Racontez nous ce que cela vous évoque, que ce soit la tristesse de prendre une année ou un goûter animé pour une fête d’enfants. Il faudra simplement que votre texte contienne au singulier, au pluriel ou sous forme de verbe les mots bougie, coccinelle, botte et tempête.

Par PriscaCoune - Publié dans : Les Impromptus
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 19 mars 2009


Avachie de tout mon long sur une serviette aussi douce que mon premier doudou, sous une cahutte au toit de feuilles de palme ajourées, les pieds plantés dans le sable blanc et chaud juste ce qu’il faut, la main droite caressant la surface de l’eau dont la température devait être d’environ 35,7 °C, la main gauche dans celle de mon mari et le dos flatté tantôt par le soleil, tantôt par les mains accortes d’un masseur qui m’était dédié, le serveur arrive et me tend mon cocktail de l’heure, frais, pétillant, envoûtant… avant de corriger son geste et de le poser à l’endroit adéquat où, la paille bien disposée, je n’ai même plus à bouger pour m’hydrater.

<b>

N’ai-je rien oublié ?

<b>


Rédigé pour les Impromptus sur la consigne de la semaine :

sur le thème « Luxe, calme et volupté », votre texte, en poésie comme celui de Baudelaire ou en prose minimaliste, devra faire un maximum de 200 mots.


Par PriscaCoune - Publié dans : Les Impromptus
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Jeudi 19 mars 2009

Mais n’y allez pas !

J’vous jure, il ne faut pas.

C’est vraiment pas beau à voir.

C’est un véritable foutoir…

 

Mais, non, ne cherchez pas !

Y’a rien à sauver, rien à épousseter.

C’est gentil mais faux pas.

J’savais que j’aurais dû boucher l’entrée…

 

Vous êtes têtus, vous ! Sortez de là !

J’vous l’ai déjà dit, ne rentrez pas !

Alors, oui, je sais c’est le bordel

Mais c’est mon bordel alors Schnell !

 

***


Mais pour qui il se prend celui-là !

J’lui ai rien demandé, moi !

 

Alors j’sais bien y’a des trucs qui me travaillent.

Et j’sais pas toujours par quel bout les prendre, ces canailles.

Plus je les dénoue, plus ils m’échappent, comme la maille.

Celle qui raccroche, celle qui me tenaille…

 

Mais lâchez-moi don’, bande de gredins !

Vous ne perdez rien pour attendre, petits vauriens !

 

J’n’ai rien à vous dire, même pas de soupir.

J’veux pas vous entendre, vous n’êtes que des sbires !

Tout juste bon à exécuter, à accomplir.

Alors que j’suis bien assez grande pour savoir ce qui est pire !

 

Mais non, je n’ai pas froid ! Pourquoi ce gilet ?

Mais non, j’vous dit, j’veux pas y aller…

 

***

 

C’est quoi, d’abord, c’t’endroit

Et puis, j’suis où là ?

 

Ils disent que dans ma tête c’est l’anarchie

Que c’est pour ça qu’ils m’ont saisie, ainsi

Que c’est pour ça qu’ils m’ont coincée ici

Que c’est pour ça qu’ils me répètent : réfléchis…

 

Pfffff… m’en fous d’abord, j’en ai rien à péter.

Et puis j’suis bien là. En attendant la suite, j’suis rangée…

 


Rédigée pour les Impromptus sur la consigne de la semaine :

Pour cette nouvelle semaine, de joyeux bordel en triste foutoir, nous vous proposons de décrire une belle pagaille. Cette évocation, en rime ou en prose, du désordre ou du rangement pourra bien sûr se faire au sens propre comme au sens figuré.

Par PriscaCoune - Publié dans : Les Impromptus
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Anti-Méchanceté

Les billets et photos composant ce blog sont la propriété exclusive de son auteur.
Toute reproduction sans autorisation expresse est interdite.

C'est quoi t'est-ce ?

Recherche

Et le temps passe

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Liens de Syndication... ?

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés