NULLA DIES SINE
LINEA
C’était un de ces matins pareil aux précédents où, l’air nonchalant, au loin m’emmenait le train. Une place près de
moi, réservée au suivant. Le suivant ce fût lui, mais je ne l’ai su qu’après.
Il s’est assis, sa jambe contre la mienne. Pensez-vous, c’est banal. Rien qu’une attitude quotidienne. Sauf que là, rien à voir : juste envie de prolonger. C’était comme si nos jambes déjà se
connaissaient. Comme si nos corps au-delà de la masse se distinguaient. Comme si malgré un temps long écoulé, ils se souvenaient et moi avec. Une chaleur renaissait.
Sans même lever les yeux pour vérifier, je me suis prise à rêver à lui. Quelle importance de qui il s’agissait ! A cet instant, c’est lui qui m’embrasait. Il était si bon de se laisser aller à
ressentir la montée lente de ce feu intérieur ; enflammant ici un cœur ; dévorant là une joue ; allumant enfin un sourire dans mes yeux pourtant clos.
Etait-il nécessaire de mettre fin à ce brûlant instant ? Devais-je envisager de confirmer ou d’infirmer ce que je croyais être ? Fallait-il que je lui parle avant d’être réduite en cendres ?
Impossible de répondre à ces questions tant ma volonté semblait anéantie. Quelle douce façon de commencer la journée, en terminant consumée sur le bûcher de ma délicieuse indécision
!
Commis sans rougir (sauf de plaisir) pour les Fanes de Carottes
sur l'appel d'octobre : Bûchers.
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